mardi 23 juin 2015

La Colline

La Colline

La Colline – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 103

La Colline est la cent-troisième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.




Au-delà de la plaine, s'élève, verte, la colline.
Avec son château dans le soleil orange.






Il y a toujours une colline devant, il faut évidemment l'aller conquérir et comme toujours, dans les guerres, les autres avec une invariable inhumanité tirent et tirent encore. Et la colline « ouvre ses flancs » à ces visiteurs d'en bas que nous sommes. Dans le château là-haut, ce château où l'on n'arrive pas, on ne sait trop ce qu'il y a.



Oui, dit Lucien l'âne, c'est toujours comme ça. Une colline, un château, des soldats en haut, des soldats en bas et entre les deux, des cadavres. J'ai vu ça des dizaines de fois. Et comme tu sais, nous les ânes, on ne s'en mêle pas de ces histoires-là. C'est comme ça que j'ai survécu à bien des collines, à commencer par celles de Troie et de Borodino.



Donc, dit Marco Valdo M.I, je te disais, Lucien mon ami, ces choses à propos des collines mortifères, car c'est le sujet de la canzone et du rêve à demi-éveillé de notre ami le songeur. C'est un retour sur son passé de guerrier et de blessé étendu presque mort sur la contrescarpe. Comme tu pourras le voir, il n'y a là aucune condamnation apparente de la guerre, aucune proclamation, rien... Rien que le constat désabusé de ce jeu de massacre auquel se complaisent certains humains.



Crois-moi, Marco Valdo M.I mon camarade, cette façon sèche de dire les choses, de décrire cette colline, c'est pire encore... La condamnation vient toute seule, prononcée par celui qui découvre la canzone...



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Souvenirs de guerre, souvenirs d'autrefois,
Quelle est cette foule, où va-t-elle et pourquoi ?
En avançant dans l'air piquant, un peu froid
Au crépuscule, la troupe grise en mouvement,
Va où va le vent
Elle serpente irisée d'écailles vermeil.
Elle apparaît et resplendit au soleil,
La colline s'élève à l'horizon,
On y va; tous y vont.
Nous avançons vers où nous devons aller.
À peine sortis du sommeil et de l'obscurité,
Le froid de l'aube nous glace le dos ;
Une gêne se glisse dans la gorge, entre les dents.
On entrevoit sur l'étendue d'eau
Une lueur orangée aux reflets safran.
Tout est à sa place comme au temps de l'enfance,
Quand joyeux, on partait en vacances.
L'ordre est venu, c'est le dernier combat
Tous Chvéïk, tous soldats.
Au-delà de la plaine, s'élève, verte, la colline.
Avec son château dans le soleil orange.
Soudain sonnent les clarines,
Elle attend et sourit d'un air étrange
Comme un seul homme, on y va,
Elle ouvre ses flancs à nos derniers pas
En échos redondants, sonne le glas.



La Belle Libertaire

La Belle Libertaire
La Belle libertaire – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 104

Comment enchanter cette pâle aux cheveux de jais ?
Comment séduire cette belle libertaire ?



La Belle Libertaire est la cent-quatrième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.


Quel titre séduisant, j'ai bien envie de la rencontrer cette « pâle aux cheveux de jais » ? Qui est-elle ? Allons, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi tout cela.

D'abord, mon cher ami Lucien l'âne aux yeux de braise, je t'annonce que ceci, cette belle libertaire est la dernière chanson du cycle du Cahier Ligné. Rappelle-toi, ce cycle, je l'ai commencé il y a une année. C'est long une année. Et je ne savais quelle serait sa dimension, de combien de canzones il serait fait, ni lesquelles, ni quand je terminerais. Et maintenant, voici la fin. Devant moi, comme un grand vide... Que va devenir notre ami le prisonnier, que va devenir notre blessé, que va devenir notre songeur ? J'en suis tout bouleversé... Maintenant, cette « pâle aux cheveux de jais », sortie tout droit de Verlaine, c'est comme tu le verras, tout simplement la paix, tout simplement la vie, tout simplement la terre... C'est un hymne à la terre, à la vie, à la paix et bien évidemment, à la tendresse et à l'amour. Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, en ces temps où l'amour est galvaudé par un cuistre qui veut l'affubler d'un parti politique, où certains délirants veulent prendre en otage la liberté et la mettre en maison, je te précise que le mot libertaire doit être compris ici dans son sens propre : libertaire veut dire tout simplement anarchiste.

Décidément, elle me plaît de plus en plus, cette canzone. Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, la première partie n'est pas dans cette tonalité-là, me semble-t-il...

En effet, en effet, Lucien l'âne mon ami, le premier couplet est plus amer, plus noir, plus dur. En somme, tu as là décrit dans cette première partie, le monde concentrationnaire dans lequel on vit, ce monde où le vilain nain – souviens-toi de Fafner – et ses courtisans : « Ces mouches vertes et frénétiques
Cet essaim incongru de taons noirs et détestables
Ces êtres malfaisants et difformes
Empoisonnent la vie au-delà de toute forme... »,
ce monde qu'il faut faire disparaître absolument pour en quelque sorte désintoxiquer la terre;

et de l'autre, le monde qu'on s'efforce de construire, ce monde tel qu'on aimerait qu'il soit pour de vrai.
« la paix … cette pâle aux cheveux de jais … cette belle libertaire »
Ce monde pour lequel il vaut vraiment la peine de s'émouvoir, de se mouvoir et bien évidemment, se battre.

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, tissons le suaire de ce vieux monde peu ragoûtant et cacochyme, comme nos ancêtres les Canuts, tissons le linceul du vieux monde...

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Les Dieux font le monde à leur ressemblance.
Emmenée par un nain puissant,
Leur immonde descendance,
Ces monstres, même pas reconnaissants,
Indignes de cette divinité théocratique,
Ces mouches vertes et frénétiques
Cet essaim incongru de taons noirs et détestables
Ces êtres malfaisants et difformes
Empoisonnent la vie au-delà de toute forme.
Leur existence paraît illogique, insupportable
La seule vraie question à poser
Chaque jour, à chaque moment
Aux amis, aux voisins, aux enfants
C'est : Comment s'en débarrasser ?
Comment éliminer cette engeance mortifère ?
Comment en somme, sauver la terre...

Une silhouette antique
Dans un lieu somptueux
Ou un palais magnifique
Solennel et merveilleux
À la prestance divine et fière
D'une extraordinaire beauté
C'est une fée, c'est une sorcière.
Dans les gestes si légers
De cette belle inconnue
Éclate une tendresse absolue.
La seule vraie question à poser maintenant
Aux amis, aux voisins, aux enfants
Comment chanter et danser la paix ?
Comment enchanter cette pâle aux cheveux de jais ?
Comment séduire cette belle libertaire ?

Comment en somme, aimer la terre...